Chemins de vies du militantisme

Site de © marie-claude Hugues née Michaut

 

 

 

 

 Claudine Jenny CHOMAT

07 Février 1915 -14 Octobre1995

 

Photographies   Biographie  Un cri de guerre 14/18

 

Le 7 février 1915 à quatre heures est née rue de la Talaudière (maison Jouffre) Claudine Jenny du sexe féminin, de Jean-Marie CHOMAT 36 ans mineur et de Philomène, Marguerite PAGAT, 35 ans culottière son épouse, domiciliés rue de la Talaudière Maison Jouffre.

La présentation de l'enfant et déclarations sont  faites par Francine Dupanloup épouse Guérin, 38 ans sage femme , domiciliée place Garibaldi ayant assisté à l'accouchement en présence de Louise Brignon ménagère demeurant rue Alfred de Musset et de Anette Samuel, ouvrière en soie demeurant rue Alfred de Musset.

l'enfant est née à domicile comme beaucoup à cette époque. Par le métier des témoins il est possible de cerner l'entourage social de la famille à savoir de condition ouvrière.

CHOMAT Claudine Jenny  fut adoptée par la Nation par le Tribunal civil de St Etienne, le 19 juin 1919, car son père Jean-Marie est mort pour la France le 1er septembre 1915 avant sa naissance.

Mariée à Paris (13e arrt), le 20 février 1937 avec Victor Joseph MICHAUT - Mariage dissous en 1947.

Puis mariée à Ivry sur Seine le 5 mai 1948 avec Antoine Laurent CASANOVA

Décédée à Boulogne-Billancourt - Hauts de Seine le 14 octobre 1995-

 

Photographies :

 

 

Sur cette photo Claudine  me fait peine elle est triste c'est évident et normal, elle vient de perdre sa mère et la voici orpheline, elle est je crois assise sur la tombe de sa maman.

 Elle n'a jamais connu son père mort dès le début de la guerre 14/18 quand elle était encore dans le ventre de sa mère !

Son regard me semble marqué pour toujours.

 

 

La voici avec sa sœur  Julienne le jour de leur communion dans l'église du quartier du Soleil, le quartier le plus pauvre de St Etienne porte ce nom comme un défi !

Plus tard elle ne croira plus en Dieu sa grand-mère qu'elle adore et qui remplace père et mère est morte des suites d'un accident à plus de 80 ans  !!!

 Un jour elle m'avait raconté que la grand-mère les mettait le jeudi au patronage chrétien uniquement parce qu'il y a avait du soleil dans la cour contrairement au patronage laïque dont la cour était à l'ombre où i y faisait froid.

 

 

La voici au premier plan à gauche, elle pose avec ses copinessa sœur, elles sont toutes deux habillées d'une même robe, mais Claudine est la plus belle de toutes. Elle prend volontiers la pose

Cette  photo la montre toute jolie. Elle a toujours attaché beaucoup d'importance à sa tenue .

Parmi des négatifs que j'ai retrouvé, Claudine porte la "biche à lait" comme on dit dans la Loire

 

 

Au sujet de cette photo de la biche à lait qui  m'intriguait, grâce à  Internet j'ai reçu une réponse : Cette photographie couleur m'a été envoyée par Patrick M. En voyant cette l'image de Claudine sur mon site,  cela lui a rappelé l'accident de moto qu'il avait eu il y a une trentaine d'années .... Il est retourné sur les lieux et a pris cette photo en couleurs et me l'a adressée ...

Patrick M me signale qu'il s'agit du portail d'un château avec ferme attenante situé vers le lieu dit "Montbressieux" au croisement de la D30 venant de la Rive de Giers et de la Route de la Plaine, dans le département de la Loire bien entendu.

Merci à Patrick M qui souhaite rester discret sur son nom mais sa photo et son message m'ont fait bien plaisir. Comme quoi des inconnus peuvent vous rendre service sans rien demander en échange.

 

Sans doute à la même époque ...

même robe

même bonnet

mêmes chaussures

même saison

 

Avec sa sœur Julienne

Ces pyjamas ont-ils été confectionnés par la grand-mère ?

 ou par Julienne qui avait fait des études de corsetière ?

Où se passe cette scène ?

derrière leur maison quartier du  Soleil ?

Je n'ai jamais vu Claudine moindrement s'amuser et là elle pose avec sa sœur de façon théâtrale. Il est vrai qu'elle était très coquette.

 

Avec son frère aîné  Jean-Marie

même prénom que le papa mort en 1914

qu'elle adorait, il remplaçait  le père qu'elle n'avait pas eu

 

 

Enceinte de moi... ....

après déduction

 

Dans son rôle de mère épisodique en raison des événements et du fait que mon père était tuberculeux.

j'étais en nourrice dès le retour de la maternité et jusqu'à l'âge de 7 ans je n'ai pas vraiment connu Claudine que je n'ai jamais appelée maman.

 

Biographie de Claudine Jenny CHOMAT, épouse MICHAUT Claudine puis CASANOVA

(ajouts de notes de Marie-claude en janvier 2004 de cette couleur )

Claudine est née le 7 février 1915 à Saint-Étienne (Loire), orpheline de père dès sa naissance car son père est mort pour la Patrie en 1914 . Elle fut adoptée par la Nation le 9 juin 1919.

Le père de Claudine Jean-Marie CHOMAT était mineur à Saint-Étienne. De convictions laïques, il faisait partie de l'Amicale laïque du quartier le plus pauvre de la ville nommé curieusement " Le quartier du soleil " C'est au " Soleil " que vécut Claudine jusqu'en 1934.

Claudine avait 2 sœurs Jeanne et Julienne et 1 frère Jean Marie. A la mort du père, la mère culottière ne pouvant subvenir aux besoins de ses enfants a tenu un café ; elle est morte quand Claudine avait 5 ans et c'est la grand mère qui éleva tous les enfants.

Cette grand-mère était une femme très soucieuse des autres qui le soir au sortir de l'école n'hésitait pas à recoudre le bouton manquant d'un gamin qui passait devant elle. Mais la vie était dure et Claudine qui achetait le pain devait le prendre déjà bien rassis pour qu'il soit mangé moins vite !

Après avoir obtenu son CEP - étant parmi les meilleures élèves de ce quartier pauvre elle fut prise en charge pour ses études -, pendant trois années à la section commerciale de l'École pratique de commerce et d'industrie où elle obtint le diplôme d'aptitudes commerciales. Je viens de lire justement hier 30 janvier 2004 une de ses rédactions dont le sujet consistait à décrire le 1er jour de sa rentrée à l'Ecole du commerce. Claudine décrit assez longuement le portail d'entrée qui lui parait immense, et puis elle s'étonne de la petitesse de la cour qui doit recevoir tant de personnes. (son texte a été considéré comme hors sujet, mais sans doute a-t-elle été frappée par ces deux observations qui lui ont semblées digne d'être annotées et je la reconnais bien dans ce texte très bien écrit à la plume et orthographiquement correct.

Claudine commença à travailler en juillet 1930 ( elle avait quinze ans ) comme sténodactylo dans un magasin de pièces pour automobiles puis chez un fabriquant de rubans qui la licencia pour son appartenance à une organisation ouvrière de pratique théâtrale (FTOF). Après quatre mois de chômage durant lesquels  elle eut la possibilité d'aider des organisations par des travaux dactylographiques comme  le SRI (Secours Rouge International), elle fut quelque temps chez un patron (matériel électrique) sympathisant, puis ayant écrit au préfet, en tant que pupille de la nation, elle fut admise le 29 juillet 1932 au service départemental des Assurances sociales comme sténodactylo.

Elle adhéra à la Jeunesse communiste en 1931 et fut, dès décembre 1932, secrétaire du rayon des JC de Saint-Étienne, Elle fut ensuite secrétaire des JC de la Loire jusqu'en avril 1934. Le 11 mai 1934, elle entrait à l'École léniniste internationale à Moscou jusqu'en mai 1935.  Imaginez cette jeune fille issue d'un milieu très pauvre ayant à peine quitté son quartier du Soleil et se retrouvant à Moscou !! Et bien oui elle est restée fidèle à l'URSS malgré les effroyables actes des dirigeants soviétiques - Comment faire autrement sinon  renier toute sa vie politique à laquelle elle a tout sacrifié même sa fille ! Je suis bouleversée quand j'entend ou je lis comment sont traités ces militants artisans du Front Populaire et si je ne partage plus les convictions de mes parents - et je le regrette - je veux faire un peu toucher du doigt la générosité qui les animait et le courage dont ils ont fait preuve durant la 2ème guerre mondiale tandis que d'autres très nombreux se taisaient ou plus faisaient du profit ou pire collaboraient avec l'ennemi. A son retour, elle fut trésorière de la Fédération des JC et entra au Comité central des JC au VIIIe congrès des 19-22 mars 1936 à Marseille. Elle fut chargée avec Danielle CASANOVA de la création de l'Union des jeunes filles de France dont elle fut secrétaire à l'organisation au 1er congrès de décembre 1936 (D. Casanova étant secrétaire générale). En 1937 elle épousa  Victor Michaut , membre du Comité Central du Parti Communiste Français, ils eurent une fille en 1938.

Claudine CHOMAT fit partie du groupe de militantes qui, à la fin de l'année 1939 et en 1940, par un travail clandestin intense, permirent au Parti communiste de se réorganiser en renouant le contact entre le secrétariat et les dirigeants éparpillés par la mobilisation et la répression. Par elle, Laurent Casanova -- qu'elle épousera après la guerre, en secondes noces --, évadé d'Allemagne en avril 1942, put se mettre à la disposition du secrétariat. Claudine CHOMAT était partie en exode à Toulouse où elle établit la réorganisation et la liaison entre la zone sud et la zone nord et commença à s'occuper avec Josette COTHIAS du mouvement féminin clandestin. Elle revint à Paris le 4 août 1941. Elle dirigea les comités clandestins après l'arrestation de Danielle CASANOVAdepuis mars 42. Elle était en liaison avec Maria RABATE et Jean LAFFITEqui fut arrêté le14 mai 1942 , puis avec Robert BALLANGER et Auguste LECOEUR en 1944. Les Comités féminins de résistance qu'elle dirigea depuis 1941donnèrent naissance à l'Union des Femmes Françaises dont elle fut élue secrétaire générale à la Libération . Elle fut élue membre suppléant aux Xe et XIe congrès nationaux en 1950 et 1959. Pendant l'hiver 1947, elle suivit une École centrale du PC de quatre mois. Malgré les liens d'amitiés qui unissaient la famille Thorez et le couple Casanova-Chomat, elle se heurta parfois à Jeannette VERMERSCH qui n'appréciait pas ses propositions novatrices. Pour ma part je tiens à signaler que Claudine et jeannette se sont longtemps bien entendues, issues toutes deux de milieu ouvrier elles avaient de nombreux points communs dans leurs références personnelles et ont milité ensemble à l'Union des Jeunes Filles de France qu'elles ont fondé aux côtés de Danielle CASANOVA et de  Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER Elle fut écartée du Comité central en 1961, après le retrait de son mari Laurent Casanova du bureau politique.

Elle reçut la Légion d'honneur en 1983 pour ses faits de Résistance.

Lors de son décès, Robert HUE adressa un télégramme de condoléances à sa fille Marie-Claude, de même que Georges MARCHAIS qui disait notamment : " j'ai eu la chance de pouvoir l'apprécier et je garde le souvenir des décisions injustifiées qui furent prises il y a près de trente-cinq ans à son encontre et envers son compagnon, Laurent Casanova.. Malgré tout cela, tous deux restèrent attachés à leur parti et nous avons entretenu des relations très fraternelles jusqu'à leur dernier moment." .(Gorges Marchais avait participé à l'éviction de Laurent Casanova).

Claudine a terminé sa vie assez seule entourée de ses précieux cartons contenant les archives de la Résistance qu'elle souhaitait voir aboutir dans ce Musée de la Résistance Nationale de Champigny . Elle a demandé à sa fille de contacter Josette Cothias Dumeix en qui elle avait une entière confiance (Tous ses documents sont maintenant au Musée . j'ai listé l'ensemble , et je vais travailler sur ceux qui concernent des actions concrètes et détaillées et actuellement  je fais le nécessaire pour que ce fond soit accessible à distance  - mchugues).

Claudine est décédée le 15 octobre 1995 elle a tenu à ce que l'on grave sur sa tombe qu'elle avait été Communiste jusqu'à son dernier jour.

Les informations générales sur les activités de Claudine sont issues du MAITRON complétées, modifiées par mes soins

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Un cri sur la guerre 14/18

 

Claudine connaissait par cœur ce poème, c'est sous sa dictée que je l'ai noté. Voici ce qu'elle m'en a dit en avril 1995, 6 mois avant sa mort

 «  Ce cri a été appris par notre mère à notre sœur Jeanne. Par notre grand-mère à Julienne et à moi. Je l'ai souvent récité aux fêtes du patronage des curés du quartier du Soleil à St Etienne, où nous envoyait notre grand-mère parce -que la cour était au soleil, alors que la cour du patronage laïque était à l'ombre. »

 

 

La mort du grand-père

 Je les revois ces jours de deuil et de souffrance,

où l'ennemi féroce envahissait la France.

Où dans les bois le sang ruisselait à gros flots,

où l'âpre des exploits enfantait des héros.

Que de hardis lutteurs, que de nobles victimes

dont on ignorera le martyr sublime,

jusqu'à ce qu'un poète aux accents convaincus,

célébrât les exploits de ces vaillants vaincus.

 

Quant à moi j'ai gardé, gravée dans ma mémoire,

pour vous la dire un jour cette touchante histoire.

 

Dans un sombre réduit vivaient de pauvres gens.

La mère, deux enfants avec leur vieux grand-père.

L'homme hélas était mort au début de la guerre.

De jour en jour pourtant on avait moins de pain,

et les petits disaient "nous avons faim".

Et la mère éprouvait d'indicibles tortures

à regarder souffrir ses chères créatures.

 Quant au vieux, dans un coin il gémissait, tout bas,

 " Mon Dieu ne nous les prenez pas.

Eux envolés qui protégerait leur mère.

L'homme n'a pas le droit de se donner la mort.

Et plus son mal est grand, plus il doit être fort.

J'ai cependant voulu mourir mon père.

Non pas que j'eusse peur pour moi des horreurs de la guerre,

mais ces petits souffraient tant de la faim,

ce spectacle était trop navrant à la fin."

 

La grand mère de Claudine     Ses parents

 

Personnages principaux >>>>>    Claudine Chomat   Claudine et Victor  Victor Michaut  Laurent Casanova

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Mise à jour le 14-janv.-2010