"
Très tôt, ce
que j'avais vu,
le milieu où
j'avais vécu,
l'exemple
paternel,
m'avaient
incliné vers les
idées de la
classe ouvrière,
vers le Parti
Communiste.
Lorsque je vins
à Paris, - où
j'avais de la
famille, pour
entreprendre des
études
supérieures
après le
baccalauréat -,
je me mis à
fréquenter tout
de suite les
cercles
d'étudiants
corses. C'est là
que j'ai connu
Danielle.
Comme j'étais à
la Faculté de
droit, qui était
à l'époque un
repaire d'ultra
réactionnaires,
j'appris très
rapidement
quelles étaient
les méthodes de
brutalité et
d'intolérance
des " Camelots
du Roy ", des "
jeunesses
patriotes ".
Nous avions avec
eux des heurts
violents. J'en
suis ainsi
arrivé à prendre
contact avec
l'organisation
des étudiants de
gauche qui
existait à
l'époque au
Quartier Latin.
J'y retrouvais
Danielle.
Elle avait entre
temps adhéré aux
Jeunesses
Communistes dans
le Ve
Arrondissement.
C'était une
propagandiste
infatigable et
son prosélytisme
était insistant.
Elle n'eut de
cesse que j'eus
moi-même adhéré
au Parti. Et
pour en être
bien sûre, elle
m'accompagna, en
personne, le
jour où je
remplis mon
bulletin
d'adhésion au
siège du Comité
Central, alors
120 rue
Lafayette. A
dater de cet
instant, nos
vies n'en firent
plus qu'une
jusqu'à ce jour
de 1942 qui la
vit disparaître
dans l'enfer
d'Auschwitz.
Durant toute
cette période,
je militais à la
fois comme
militant
responsable dans
l'organisation
des étudiants et
dans le Parti où
je fus élu assez
vite secrétaire
d'une cellule du
XIIe
Arrondissement
où j'habitais.
Cela se passait
dans les années
1927-1928."
Premier contact
avec la police
C'était en 1929,
à l'occasion de
la manifestation
du Mur des
Fédérés. Elle
n'était pas
interdite, mais
la police ne se
privait pas
d'attaquer le
cortège
lorsqu'il se
formait le long
des murs du Père
Lachaise. C'est
dans ces
circonstances
que j'ai été
pour la première
fois assommé et
laissé sur place
évanoui. Cette
manifestation du
Mur est l'une de
celles qui m'ont
le plus
impressionné,
tant en raison
des violences
policières que
par
l'enthousiasme
révolutionnaire
des ouvriers qui
y
participaient..
J'ai fait
ensuite mon
service
militaire. A mon
retour, en 1932,
je repris la
préparation du
doctorat en
droit. En 1933
la question me
fut posée pour
la première fois
de devenir un
militant
permanent du
Parti, c'est à
dire ce que
Lénine appelait
un "
Révolutionnaire
professionnel "
. Je n'hésitais
pas une seconde
et je me
souviens de la
joie que cela
m'a causé, de la
façon toute
simple dont j'ai
accepté comme un
honneur la
charge nouvelle
qui m'était
confiée.
Quand VUILLEMIN
fut tué…
Je me souviens
d'une autre
manifestation un
soir de 1934,
sur le boulevard
Belleville. La
police nous
avait dispersés.
Nous nous étions
regroupés et
tirions sur la
chaussée pour en
faire une
barricade, les
tables disposées
sur le
terre-plein en
vue du marché du
lendemain. Tout
à coup, des
coups de feu
éclatèrent. Je
ne me rendais
pas compte de ce
qui se passait.
C'est seulement
le lendemain que
j'ai su que le
jeune VUILLEMIN
avait été tué
par la police.
La confiance la
plus entière
De 1933 à 1939,
je travaillais
avec le camarade
Maurice Thorez
dont je devins
le secrétaire à
partir de fin
1936.
J'ai
naturellement
gardé de ces
années le
souvenir le plus
vif, ce qui
m'avait d'abord
impressionné et
même un peu
surpris, c'est
la confiance
entière qu'il
pouvait mettre
dans ses
collaborateurs à
partir du moment
où il avait
vérifié la
qualité de leur
travail, leur
attachement au
parti. Il
manifestait le
souci de les
laisser agir par
eux-mêmes,
d'acquérir
directement le
sens des
responsabilités
en faisant
preuve
d'initiative. Il
" poussait " en
avant comme on
dit, avec le
souci visible
d'aider à la
promotion rapide
des cadres
nouveaux et
jeunes.
Sa façon
rationnelle
d'organiser son
travail, de
manière à ne pas
perdre de temps,
à ne pas se
laisser accabler
par les tâches
ou dépasser par
les événements
m'a toujours
semblé
exemplaire. De
même la
simplicité de
ses goûts, la
modestie de sa
vie familiale
riche des
sentiments les
plus communs
sans doute, mais
les plus vrais
aussi.
Le souci de
l'action
Du point de vue
politique, ce
qui m'a peut
être le plus
frappé chez
Maurice Thorez
pendant cette
période, c'était
son aptitude à
conduire son
travail avec la
plus grande
rigueur de
principe, mais,
en même temps,
avec le souci
permanent de
l'action de
masse, de
l'efficacité,
avec la volonté
constante d'être
clair,
compréhensible
pour tous.
Le travail qu'il
effectua pour
définir avec le
concours du
Comité Central
et des congrès
du Parti une
juste politique
nationale et
démocratique du
parti a été pour
moi l'une des
leçons
politiques les
plus marquantes.
Je n'avais pu
assister au
Congrès de
Villeurbanne
mais j'avais le
rapport du
Comité Central
présent é par
Maurice Thorez
avec un soin qui
se transforma
vite en une
espèce
d'exaltation.
J'y voyais comme
la sanction
triomphante de
ces dures années
d'épreuves et de
combat qui vient
se forger sous
l'impulsion de
notre camarade,
avec l'aide de
l'Internationale
Communiste et le
concours du
prolétariat
français fidèle
à ses traditions
révolutionnaires,
le parti ouvrier
de type
marxiste-léniniste
dont la classe
ouvrière avait
besoin. Ce
parti, la France
toute entière
allait le
découvrir
bientôt avec ses
mérites, et
l'aptitude
incomparable de
ses meilleurs
sacrifices.
J'y ai surtout
réfléchi dans
les années 39-45
quand il fallut
effectivement
traduire en
actes des
principes dont
la valeur
apparaissait en
pleine lumière.
Quand des
dizaines de
milliers
d'hommes et de
femmes, parfois
d'enfants,
contresignèrent
avec leur sang
le glorieux mot
d'ordre de
Villeurbanne : "
Vive la France
Libre, forte et
heureuse que
veulent et que
feront les
Communistes ".
Dirais-je encore
que de tous ces
souvenirs mêlés
où
s'entrecroisent
tant de
camarades très
chers, certains
prennent un
relief
particulier.
Ceux par exemple
qui se
rattachent à
notre voyage
d'Algérie en
1939 quand fut
lancée par
Maurice Thorez
la définition
dont chacun peut
aujourd'hui
mesurer le sens
profond et la
valeur
d'avertissement
en regard des
véritables
intérêts
français : "
l'Algérie est
une nation en
formation ".
" j'ai dit qui
j'étais à mes
camarades de
régiment "
Je suis parti au
premier jour de
la guerre,
mobilisé dans un
régiment de
pionniers,
stationné sur la
ligne Maginot.
Tout de suite,
je m'aperçus que
je faisais
l'objet d'une
surveillance
particulière.
J'appris à la
même époque que
Danielle était
passée dans
l'illégalité.
Dans mon unité,
il y avait
moitié de
parisiens,
ouvriers pour la
plupart, moitié
de bretons. Ils
ne croyaient pas
à la guerre
véritable, et
caractérisaient
l'entreprise
comme une
manœuvre
politique de la
réaction dirigée
contre notre
Parti et les
conquêtes du
Front Populaire.
Leur lucidité
n'allait pas
au-delà. Les
conséquence
possibles de la
menace
hitlérienne sur
la monde
restaient dans
le vague. Les
symptômes déjà
perceptibles de
la trahison
nationale des
cercles
dirigeants leur
étaient masqués.
Je n'hésitais
pas à m'ouvrir à
certains d'entre
eux de mon
activité en tant
que militant
communiste. J'ai
dit à des
camarades de
régiment choisis
après expérience
qui j'étais, et
j'ai bien fait.
En effet, on
commençait alors
à arrêter des
communistes à
l'armée, de
nuit,. On
répandait le
bruit qu'il
s'agissait
d'espions
allemands. C'est
sous la même
imputation
abominable que
fut condamné,
fin 1939, notre
bon camarade
MOURRE. Et les
calomniateurs le
livrèrent
ensuite aux
hitlériens qui
le fusillèrent
avec
empressement.
J'avais averti
mes camarades de
ces faits et ils
organisèrent
eux-mêmes ma
sécurité.
Un jour que je
partais en
permission, ils
m'accompagnèrent
à la gare en
manifestant
ouvertement une
sympathie qui
allait bien sûr
plus au Parti
qu'à moi-même. A
Paris, je
retrouvais
Danielle. Je me
souviens des
discussions que
nous eûmes, des
difficultés
qu'elle
rencontrait dans
son dur travail
illégal, mais
aussi de sa
confiance
inébranlable.
De retour à mon
corps, je
trouvais le
contact avec le
camarade BAILLY
, mobilisé dans
une unité du
génie cantonnée
non loin de la
mienne, avec le
camarade MARTIN,
officier
d'artillerie et
quelques autres.
Nous primes des
dispositions
pour assurer sur
place la
parution d'un
matériel de
propagande.
Mais, au moment
où nous allions
commencer ce
travail,
l'attaque
allemande du
mois de mai
survint. La
grande bagarre
nous sépara.
Transformés
d'abord en unité
de marche, puis
en unité de
couverture,
notre groupe de
pionniers ne
commença à
décrocher de la
ligne Maginot
que le 13 juin,
c'est à dire au
moment où les
nazis
atteignaient
Paris, ce que
nous ignorions.
Il n'y eut
jamais déroute
ni débandade
dans ma
compagnie. Les
officiers qui
nous
commandaient
avaient, très
vite, donné la
preuve de leur
incapacité. Il
se passa alors
un événement
très curieux.
Devant leur
carence, je pris
en fait, et
comme caporal,
le commandement
de la compagnie.
Finalement nous
fûmes
littéralement
livrés à
l'ennemi. On
nous dirigea à
notre insu et
après quelques
simulacres de
combats, vers un
point convenu
entre les
Etats-majors
allemands et
français où les
troupes devaient
se rassembler
pour être
capturées, avec
toutes leurs
armes. C'est
ainsi que je fus
fait prisonnier.
Des ouvriers
allemands
révolutionnaires…
Conduit dans la
région
d'Aix-la-Chapelle,
puis de Cologne,
je travaillais
d'abord sur un
chantier de
construction
d'autostrade.
Ensuite, on nous
transféra dans
un Kommando qui
restait enfermé
dans l'enceinte
d'une grande
usine de
bakélite. C'est
là que je pris
contact avec des
ouvriers
allemands et,
notamment, avec
des ouvriers
révolutionnaires,
des anciens
membres du Parti
communiste
allemand. L'un
d'eux s'était
rendu compte du
rôle que j'avais
parmi mes
camarades. Il me
raconta un jour
qu'il se
souvenait d'un
meeting du
camarade CACHIN
à Cologne et il
me parla d'un
accident dont
j'avais eu
connaissance :
un camarade du
Parti Communiste
français qui se
rendait par le
train à Moscou
était tombé sur
la voie du côté
de Cologne .
Toutes ces
précisions me
montrèrent à qui
j'avais à faire.
Je fus très
frappé de la
persistance des
sentiments
révolutionnaires
qui existaient
dans cette
fraction du
prolétariat
allemand. Mais
je ne réussis
pas à établir le
contact avec
l'organisation
du Parti.
Evadé et repris
C'est de cette
usine et grâce à
l'aide de ces
camarades
allemands que je
me suis évadé
pour la première
fois pour être
repris à
Maëstrich, en
Hollande, d'où
l'on me
conduisit dans
un camp de
représailles en
Allemagne où
nous fûmes assez
mal traités et
pratiquement
affamés.
De là, je revins
dans la banlieue
de Cologne où
l'on me fit
travailler dans
une grande usine
de produits
chimiques
construite avant
la guerre avec
des capitaux
américains. Le
travail y était
particulièrement
pénible et
malsain. Et
c'est avec
l'aide
d'ouvriers
allemands,
encore une fois,
que je parvins à
m'évader, malgré
des conditions
très difficiles.
Ils me
fournirent des
effets civils et
l'un d'eux
m'offrit même de
m'héberger chez
lui pendant
quelques temps
si j'en avais
besoin. Un
mineur
hollandais, des
cheminots belges
de la grande
gare de triage
de Quincampoix
dans la banlieue
de Liège, un
prêtre
catholique, des
patriotes
français
m'aidèrent
successivement à
gagner Paris où
j'arrivais un
matin du 1er mai
1942.
C'est alors
seulement que
j'appris
l'arrestation de
Danielle. Des
camarades dont
j'avais les
adresses et qui
avaient beaucoup
aidé ma femme
m'en avertirent.
Qui dira jamais
la façon toute
naturelle d'agir
des militants du
Parti, des
sympathisants ,
des amis de
toute sorte qui
nous abritèrent,
nous
protégèrent,
servant la cause
à leur manière.
Je pense à "
tante Célestine
" qui me
rapporta les
premières
lettres de
Danielle - et sa
dernière aussi -
du fort de
Romainville.
Chère tante
Célestine qui
s'en fut un jour
d'août 1944
reconnaître le
corps de son
fils supplicié
au donjon de
Vincennes. Je
pense au " pépé
" et à la " mémé
" qui
accueillirent
Danielle dès le
mois d'octobre
1939 et Politzer
bien plus tard ;
je pense à Dédé
et à sa femme, à
Jeanne et à
Etienne, à ces
intellectuels
antifascistes
résolus et
patriotes, vers
qui les
camarades
Maucharat me
conduisirent un
jour de la part
d'Eluard. Leur
manière était
faite de
gentillesse,
d'ingéniosité à
nous aider, de
simplicité à
risquer leur vie
en connaissance
de cause. Sans
eux nous
n'aurions rien
pu faire. Ils
ont ranimé notre
confiance. Ils
nous ont donné
les moyens de
traduire en
actes les
pensées que nous
avions en
commun.
" Toute force
vient d'eux qui
forment le
peuple et c'est
à eux qu'elle
retourne " -
cette vérité
apprise d'abord
dans les livres
des maîtres du
socialisme,
perçue dans
l'expérience que
nous avions déjà
du combat
social, prenait
ainsi une
vigueur
nouvelle,
faisant corps à
jamais avec
notre façon de
penser, d'agir,
de comprendre.
C'est par
Claudine CHOMAT
que je repris le
contact avec la
direction du
Parti. Cela
demanda quelques
semaines. En
attendant, au
hasard d'une
promenade sur le
boulevard St
Michel, je
tombais, à
l'étalage d'un
librairie sur un
exemplaire de "
Poésie et Vérité
" de Paul
Eluard. Que de
tels poèmes
fussent imprimés
et vendus
ouvertement en
plein Paris au
mois de mai
1942, m'était
incompréhensible
sur le coup.
Puis la fierté
m'envahit car
cela prenait
valeur d'un
indice concret
sur la force de
résistance que
notre nation
était encore
capable
d'opposer aux
traîtres et à
l'envahisseur.
J'ai conservé
cet exemplaire,
miraculeux pour
le prisonnier
évadé que
j'étais, peu au
fait des choses,
impatient d'agir
et faisant déjà
le décompte de
ses frères déjà
tombés au
combat. Le soir
même, je crois,
je l'apportais à
un camarade
hospitalisé à
l'Hôtel Dieu
pour de longs
mois tant
j'étais
impatient de
faire partager
ma joie.
Plusieurs mois
durant, je
travaillais en
collaboration
avec Pierre
Villon qui se
trouva durant
toutes ces
années aux
postes les plus
exposés.
En septembre
1942 je
rencontrais
Aragon et Elsa
Triolet.
J'étais ému. Je
me souvenais de
la première
permission, avec
Danielle, déjà
dans la
clandestinité,
quand nous
lisions ensemble
les premiers
poèmes de guerre
publiés dans la
revue de Pierre
Seghers. Mon
émotion allait
croître de façon
déraisonnable
quand Elsa me
remit un
exemplaire des "
Amants d'Avignon
" et quand Louis
entama la
lecture de son
grand poème sur
Auschwitz dont
il avait achevé
l'écriture en
voyage.
Nous avons
longuement parlé
de tous, de
notre cher J.R.
Bloch, courageux
et ferme dans
ses convictions
jusqu'à
l'extrême. Et
nous nous sommes
séparés le cœur
alourdi par
cette obsédante
pensée d'alors :
les reverrai-je
un jour ?
C'est dans le
même temps que
je rencontrai
Picasso pour la
première fois
chez les amis
d'Eluard qui
m'abritaient.
Il savait
seulement que
j'étais un
patriote traqué.
Pour moi,
j'étais heureux
car nous nous
sommes accordés
assez vite et
bien. Il fut le
sujet de
nombreuses
conversations
avec mes hôtes
très érudits sur
son art. De ce
temps là date
une sympathie et
une curiosité
d'esprit en
éveil comme aux
premiers jours.
Encore que je
sache mieux,
aujourd'hui, par
où son art
commence, et de
quelles idées
politiques et
sociales, de
quels sentiments
de quelles
patientes
réflexions sur
le métier, de
quelle
expérience
originale cet
art procède.
Je participais
ensuite au
Comité national
des F.T.P.F., en
tant que
représentant du
Front National.*
Le comité était
présidé par le
camarade Ch.
Tillon. Ce qui
me reste le plus
de cette période
de la guerre et
de l'illégalité,
c'est le choc du
sabordage de la
flotte à Toulon,
l'annonce de
l'insurrection
corse,
victorieuse le 9
septembre 1943.
A cette
occasion,
j'écrivais pour
" France d'Abord
", le grand
journal F.T.P.,
un article
consacré à cet
événement, signé
de mon nom
véritable, en ma
qualité
d'officier de
franc-tireur.
Je me souviens
aussi des
tentatives que
nous avons
faites pour
joindre Londres
ou Alger en tant
que délégués du
Front National.
Le C.P.L.N. en
avait accepté le
principe. Mais
cela ne se fit
jamais .
Plusieurs
rendez-vous
furent organisés
sur des terrains
d'atterrissage
clandestins où
un avion devait
venir me
prendre. L'avion
ne vint jamais.
La simple
annonce à
Londres de la
présence sur le
terrain d'un
représentant
F.T.P. suffisait
pour faire
annuler les
opérations
projetées. Ce
petit jeu
dangereux et
vain dura
plusieurs mois.
Comme on le
voit, les F.T.P.
ne furent jamais
en odeur de
sainteté auprès
de l'Etat-Major
gaulliste.
C'est à
l'occasion d'un
de ces
déplacements en
vue d'un
embarquement
pour Londres,
que je
rencontrais
Joliot Curie à
Lyon.
Il venait
d'adhérer au
parti. Je ne le
connaissais pas.
C'était à l'un
des moments les
plus pénibles de
la guerre, juste
avant
Stalingrad. Nous
passâmes
plusieurs jours
ensemble et
discutâmes
librement,
longuement.
Je fus très
impressionné par
la qualité de
ses sentiments
patriotiques et
aussi par la
clairvoyance
dont il faisait
preuve. Il me
parla des armes
atomiques, me
fit comprendre
la gravité que
représenterait
leur apparition
dans la guerre
et m'indiqua que
les recherches
étaient déjà
suffisamment
avancées pour
que l'on put
craindre cette
éventualité. Il
me dit en
particulier : "
Le danger le
plus grave
serait que ces
armes nouvelles
soient
concentrées en
une seule main.
Il me semble
exclu que les
allemands y
parviennent. Il
est probable que
l'Union
Soviétique tout
comme les
Etats-Unis
pourront assez
rapidement en
disposer. Cela
vaudrait mieux
pour les peuples
que si les
Américains en
devenaient les
uniques
détenteurs. "
En mai 1944,
nous avions
demandé pour la
direction des
F.T.P. un
rendez-vous au
Conseil National
de la Résistance
en vue de
protester, en
présence du
représentant de
Gaulle en France
((Barodi) et de
son délégué
militaire
national
(Chaban-Delmas)
contre le
traitement qui
nous était
réservé : nous
étions la seule
organisation
militaire de la
résistance qui
ne recevait
pratiquement ni
armes, ni argent
alors que nous
étions les seuls
à nous battre
effectivement.
J'avais été
désigné avec le
camarade Bayer
pour représenter
les F.T.P.F. à
cette réunion.
Le rendez-vous
avait été fixé
quelque part du
côté de la Place
de la
République, pour
autant que je me
souvienne. Tout
le Conseil
National de la
Résistance était
réuni sous la
présidence de
Bidault dont
j'ignorais tout.
Nous exposâmes
donc les causes
de notre
protestation et
dénonçâmes
l'attentisme qui
dictait
l'attitude de
Londres et
d'Alger à notre
égard. Nous
démontrâmes les
raisons
d'intérêt
national pour
lesquelles il
fallait préparer
l'insurrection
qu'ils
paraissaient
craindre : tout
cela fut vain.
Les choses
continuèrent
comme
auparavant.
Cette attitude
de la majorité
du C.N.R. était
fort
préjudiciable
aux intérêts de
toute la
Résistance
intérieure et
pas seulement
des F.T.P. Elle
explique en
partie les
difficultés de
notre combat et
les pertes
cruelles que
nous avons
éprouvées. Elle
compliqua
dangereusement
notre tâche mais
elle n'empêcha
rien finalement.
Je veux dire
qu'elle fut
impuissante à
empêcher
l'insurrection
nationale et par
conséquent
l'intervention
propre du peuple
français aux
côtés des armées
alliées dans la
dernière phase
du combat
libérateur. De
cela, pourrait
témoigner de
façon beaucoup
plus probante le
camarade Rol
Tanguy, chef des
Forces
Françaises de
l'Intérieur pour
l'Ile de France,
qui dut, en
pleine
insurrection
parisienne,
affronter les
difficultés
créées par la
décision
honteuse, prise
dans son dos, de
conclure une
trêve avec les
troupes nazies
en retraite.
De la Libération
elle-même, que
dirais-je ? Bien
plus que la
fièvre,
l'exaltation des
combats au grand
jour, avec tout
un peuple comme
renfort, je
ressens
l'émotion qui me
saisit à mon
retour dans
Paris au moment
ou le Parti
décida la
publication de
la célèbre
affiche signée
des noms de tous
ses élus
parisiens et qui
lançait le mot
d'ordre de
l'insurrection
armée.
Nous étions
arrivés dans la
Capitale à la
veille de la
bataille. J'ai
vu l'affiche
apposée sur les
murs du 138 et
j'ai croisé des
F.T.P. en armes
qui remontaient
la rue de
Tolbiac,
protégeant les
colleurs
d'affiches et
les
distributeurs de
tracts….
Après, ce fut le
départ de la
colonne Fabien
pour le front de
l'est*, le
retour de
Maurice, le
meeting
triomphal du Vel
d'Hiv.
La classe
ouvrière
franchissait une
nouvelle étape.
Le peuple
lui-même ouvrait
aux communistes
l'entrée des
ministères qu'il
fallait remettre
sur pied.
Notamment celui
des Ancien
Combattants au
milieu de la
gabegie héritée
de l'ancien
commissariat des
Prisonniers, aux
prises avec le
sabotage des
éléments
Vichystes restés
en place.
Et je n'ai plus
d'autres
souvenirs que
ceux partagés
avec tous mes
camarades qui
depuis dix ans
luttent pour
ouvrir à la
classe ouvrière
et au peuple
français la voie
vers de nouveaux
succès.
Ces succès
viendront et
notre peuple
franchira
bientôt une
nouvelle étape !
Laurent CASANOVA
* , il
s'agit de l'est
de la France en
Alsace.
*
Le
Front
National
dont
parle
Laurent
n'est
pas
celui
de
Lepen
!!!!!!!! qui
a
repris
bien
plus
tard
le
nom
de
cette
organisation
qui
en
son
époque
n'avait
pas
officialisé
son
titre,
il
faut
dire
qu'il y
avait
bien
autres
choses
à
faire
et
de
beaucoup
plus
utiles.